Construire plutôt que détruire

La Fondation Hippocrène est une fondation reconnue d’utilité publique et, de ce fait, apolitique et aconfessionnelle. Sa mission est de donner le goût de l’Europe aux jeunes. Elle s’inscrit dans l’histoire tumultueuse et pleine de promesses de notre pays et de notre continent. Elle vise à contribuer à ce que la jeunesse puisse prendre son avenir en main et faire vivre cette promesse européenne et universelle que Schiller formulait dans son Ode à la Joie : « Tous les hommes deviennent frères ».
La Fondation Hippocrène porte notamment une conviction simple, à l’origine de la construction européenne : la paix et la fraternité entre les peuples, et au sein des peuples, ne se décrètent pas, elles se construisent. Elles se construisent par l’écoute et la connaissance de l’autre, par le dialogue, par la culture, par l’éducation et par la capacité à reconnaître dans nos différences non pas une menace, mais une richesse pour la société. C’est cela l’Europe, la diversité comme source de construction humaine et de paix active. Comme l’écrivait Jean Monnet : « La paix et la prospérité ne peuvent être assurées que par l’union des hommes.»

C’est dans cet esprit que la Fondation place la jeunesse au cœur de son action. Nous voulons donner aux jeunes les moyens de s’engager et de construire l’avenir qu’ils souhaitent avec les jeunes des autres pays du continent, en faisant naître une intelligence collective que nous constatons depuis les origines de la Fondation et qui porte ses fruits. Les causes qu’ils portent sont souvent essentielles : l’égalité des chances, la solidarité, la protection de l’environnement, la lutte contre les discriminations, l’ouverture aux autres et l’engagement citoyen. Notre rôle est de soutenir cette énergie et de l’aider à se transformer en projets, en initiatives et en réalisations concrètes.
Mais s’engager, protester ou exprimer un désaccord ne saurait justifier la violence. Victor Hugo l’exprimait ainsi : « La guerre, c’est la guerre des hommes ; la paix, c’est la guerre des idées. » La confrontation des convictions et des idées est plus que légitime, elle est nécessaire à toute société libre.

Lorsque la manifestation d’une conviction conduit à dégrader, incendier ou détruire, elle cesse de construire. Elle détruit ce que d’autres ont parfois mis des années à bâtir, elle abîme des vies, des patrimoines, des établissements scolaires, des mairies, etc. La Fondation Hippocrène condamne sans ambiguïté ces violences, comme elle condamne leur justification ou leur banalisation.
Les événements récents conduisent également à se méfier des récits simplificateurs. La présence des forces de l’ordre ne saurait, à elle seule, être présentée comme la cause de la violence. Le contraste avec d’autres rassemblements récents de grande ampleur qui se sont déroulés sans violences significatives, notamment à l’occasion de la venue du pape, doit au moins nous conduire à écarter les explications trop simples et les responsabilités assignées par principe. De même, quelques secondes d’images sélectionnées et diffusées sur les réseaux sociaux ne suffisent pas à rendre compte de la réalité et de l’enchaînement des événements. Le discernement exige de replacer les images et les faits dans leur contexte.

Pour une fondation comme la nôtre, cette distinction entre construire et détruire est essentielle et particulièrement concrète. Nos moyens sont limités. Nous savons combien il faut de temps, d’énergie, de travail et de ressources pour faire naître un projet, le faire grandir et lui permettre d’avoir un impact durable. Voir en quelques minutes détruit ce qui a demandé des mois ou des années d’efforts nous rappelle une évidence : nos ressources, notre énergie et notre engagement doivent être entièrement consacrés à construire. Jamais à détruire.

Cette exigence vaut naturellement pour la Fondation elle-même, mais aussi pour les engagements qu’elle choisit de soutenir. C’est pourquoi nous sommes particulièrement fiers d’être aux côtés des jeunes et de celles et ceux qui les accompagnent, responsables associatifs, enseignants, bénévoles et porteurs de projets, qui ont choisi de construire. Ils nous l’ont montré au quotidien et dans les crises que notre société a traversées ces dernières années, à commencer par celle du Covid : être présent auprès des jeunes, créer du lien, ouvrir des perspectives, faire vivre le dialogue et transformer les convictions en actions concrètes. C’est cet engagement patient, exigeant et profondément utile que nous voulons encourager. Il prend une dimension encore plus grande dans la crise actuelle.

Parce que la jeunesse est au cœur de sa mission, la Fondation Hippocrène entend soutenir pleinement celles et ceux qui lui donnent les moyens de s’engager, de rencontrer l’autre et d’agir. Cette confiance implique aussi une ligne claire. La Fondation ne peut apporter son soutien à une association, un projet ou une personne qui participe à des actes de violence, les encourage, les justifie ou contribue à leur banalisation. Ce serait contraire aux valeurs qui fondent notre action : le respect de l’autre, le dialogue, la responsabilité et la paix. Ce serait aussi contraire à ce que portent, chaque jour, les associations que nous accompagnons et les amis qui nous soutiennent. Comme l’écrivait Voltaire : « cette tolérance n’a jamais excité de guerre civile ; l’intolérance a couvert la terre de carnage. »

Nous continuerons donc à soutenir avec enthousiasme et conviction celles et ceux qui choisissent de construire. Ceux qui accompagnent les jeunes plutôt que de les enfermer dans la colère ; ceux qui créent des espaces de rencontre plutôt que des fractures ; ceux qui transforment l’engagement en projets et les convictions en réalisations. C’est à leurs côtés que la Fondation Hippocrène veut être. Car aider à construire la société de demain ne peut jamais signifier contribuer à détruire celle d’aujourd’hui.

La Fondation Hippocrène
18 octobre 2026