Jean-Baptiste-ACHIM-CALISTR

Jean-Baptiste-ACHIM-CALISTR
Sans titre

Naomi-BISHOP

Naomi-BISHOP
In a little while I'll be gone, 2005 , Huile sur panneau , 82 x 61 cm

Marc-DESGRANDCHAMPS

Marc-DESGRANDCHAMPS
Sans titre, 2003 , Huile sur toile , 200 x 150 cm Courtesy galerie Zürcher

Claire-Jeanne-JÉZÉQUEL

Claire-Jeanne-JÉZÉQUEL
Casting (n° 1), 2002 , Fonte d'aluminium , 248 x 102 x 50 cm

Françoise-PETROVITCH

Françoise-PETROVITCH
Faon, 2005 , Céramique

May - July 2006

Propos d’Europe V : Réminiscences

La nouvelle exposition de cette série Propos d’Europe présente six artistes de cultures anglaise, française, roumaine et serbe. Le lien qui a permis la réunion des oeuvres exposées tient à l’idée de réminiscence. La réminiscence peut être définie simplement comme un souvenir évoqué par quelque chose. À partir d’une expérience sensible, nous avons l’impression de reconnaître une idée qui nous a toujours été familière. Sa connaissance est, dans la théorie développée par Platon dans le Ménon, la reconnaissance de ce que nous savions a priori. Les travaux composant l’exposition s’inscrivent à leur manière dans cette réminiscence, créant une relation forte entre l’oeuvre et une transcendance qui s’impose au spectateur.
 
Chaque artiste nous fait vivre une rencontre intense avec son oeuvre. Claire–Jeanne Jézéquel dit ainsi : « Au mur, les oeuvres perdent en tactilité, pour s’adresser en premier lieu à l’oeil. Au sol, elles échappent à l’appréhension physique pour être envisagées de haut. Là aussi l’oeil domine, c’est l’oeil comme organe de toucher à distance. Cette distance du visible matérialise l’air entre les choses, entre moi et les choses. Elle le densifie. » Jean–Baptiste Calistru commente quant à lui : « Dessiner c’est écouter, ausculter le lieu où on se trouve. L’oeil devient oreille. »
 
Ces artistes évoquent des sujets concrets, mais ils ne représentent pas des figures dans leur intégralité, ils montrent des morceaux de réalité, d’une réalité qui ne se donne pas par elle–même et qui peut avoir « des rebords déchiquetés », ou rappellent des paysages imaginaires. Les têtes d’animaux de Françoise Petrovitch sont comme sorties d’un conte macabre. La tête de Faon nous conduit à la fois vers l’idée d’une nature insouciante — c’est l’évocation d’un animal tendre de notre enfance suggéré par la matière douce et sensuelle de la céramique émaillée —, mais aussi vers l’idée de cruauté si l’on regarde ses yeux si informes que l’on imagine qu’ils peuvent être crevés. Bambi avec les yeux crevés !
Marc Desgrandchamps nous présente des sujets apparemment évidents : une chaise, un portrait, des arbres… Mais cette première couche nous attire vers une seconde où le spectateur se sent comme déséquilibré : les formes coulent, d’autres personnages ou objets apparaissent en transparence. À partir de la contemplation d’un univers familier, le spectateur est plongé dans le doute, l’inquiétude, une autre dimension s’impose à lui.
 
Les morceaux de réalité exhibés sont autant d’éléments suggestifs qui ne sont pas autosuffisants et appellent le spectateur à prendre part au prolongement de l’oeuvre. Il peut avoir plusieurs formes : le souvenir nostalgique d’un passé douloureux, le dépassement de la réalité immédiate ou encore la spéculation vers l’avenir. Les peintures de Naomi Bishop rassemblent ainsi la transcription de phénomènes météorologiques naturels et des instruments scientifiques permettant de les mesurer. La toile unit la science et la nature, le connu et l’inconnu, et invite à l’exploration de l’extraordinaire par la déduction et l’art.
 
Ainsi, chaque artiste présente au public une matérialité et lui fait reconnaître une idée qu’il a l’impression de toujours avoir connue, mais qui ne se donnait pas directement à lui.
 
Transposer cette approche de l’art à la construction européenne peut apparaître ambitieux, voire étrange. Et pourtant. L’Angleterre, la France, la Roumanie, la Serbie : quatre pays aux histoires particulières embrassant des périodes de paix et de meurtrissures, quatre pays à l’actualité européenne spécifique et mouvementée, quatre peuples avec leurs espérances, quatre morceaux de la réalité d’une Europe qui reste à imaginer. Se souvenir du projet européen, essayer de regarder l’Europe dans son identité et son unité à construire, à partir des morceaux qui la composent aujourd’hui. Voici une façon dont la Fondation Hippocrène vous propose d’aborder l’exposition Propos d’Europe V.